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  • Interview

"Quand on voit mes œuvres, je veux que l’on se pose des questions, qu’elles suscitent de la curiosité."

Une interview avec Steven Cruz — Artiste designer

7 septembre 2022

Steven Cruz, né en 1996 au Luxembourg, est un artiste visuel de 26 ans d’origine portugaise. Après des études d’arts au lycée des arts et métiers du Luxembourg, il s’installe à Lisbonne et obtient un diplôme de design à l’IADE. Il fait un Erasmus d’un an à Athènes pour approfondir ses connaissances en arts visuels et design et obtient plus récemment un master en arts plastiques, visuels et de l’espace à l’ESA saint-luc à Bruxelles. Pour ses projets de master, Steven s’intéresse à l’art du carreau de faïence. 

Steven est l'un des 10 lauréats du Graduation Prize du MAD. Il reçoit un prix monétaire et des séances de coaching par un·e expert·e du MAD pour donner un coup de pouce dans le début de sa carrière professionnelle. En outre, il exposera son projet de fin d'études "Faggot" du 16 septembre au 5 novembre au MAD Brussels.

Selon toi quelles sont les qualités indispensables pour entreprendre des études d’arts et design ? 

"Ma deuxième année à l’esa saint-luc, étant plus libre, elle m’a aidé à me découvrir entant qu’artiste.
Maintenant que j’ai terminé je dirai que pour commencer des études en design, arts plastiques, visuels et de l’espace il faut avant tout être assez créatif·ve et avoir envie de créer. C’est important de toujours aller chercher plus loin que les directives données par les professeur·es. Faire des recherches et se documenter sur son sujet apporte beaucoup au projet, c’est là que l’on apprend vraiment, que l’on se challenge. Cela permet de se remettre en question et construire un projet qui va sortir du lot." 

 

Comment définis-tu ton travail ? 

"Je cherche à retranscrire des histoires, des faits réels, polémiques et controversés, de manière visuelle et poétique, en alliant le beau avec une vérité plus brute et laide."

"Mon inspiration tourne souvent autour de la communauté LGBTQIA+, des discriminations envers les femmes, de l'immigration, des minorités et des questions environnementales. Pour défaire une certaine vision hétéronormé, je recherche à provoquer et déclencher de l’émotion. Pour moi, l’importance réside dans la cohérence et l’histoire derrière chaque œuvre."

"Je cherche à retranscrire des histoires, des faits réels, polémiques et controversés, de manière visuelle et poétique, en alliant le beau avec une vérité plus brute et laide."

Steven Cruz

Pourquoi avoir utilisé l’art du carreau de faïence ? 

"D’origine portugaise et ayant vécu quelques années à Lisbonne j’ai été inspiré par l’art du carreau de faïence, que l’on voit partout au Portugal, dans les châteaux, les maisons, les églises, ils sont utilisés pour représenter la royauté, le clergé ou la vie quotidienne hétéronormée.

Pour recontextualiser, l’azuléjo est arrivé au Portugal avec la colonisation. Le Portugal était une puissante force coloniale vers les années 1500. Les azuléjos représentaient le pouvoir de l’homme blanc européen colonisant le monde et gagnant progressivement le pouvoir au détriment d’autres communautés.
J’avais envie d’essayer la céramique depuis longtemps donc je me suis lancé pour ma première année de master dans un projet avec le carreau de faïence et j’ai choisi d’utiliser le même matériau pour mon projet de fin d’étude avec une thématique différente. Je suis partie de la décolonialisation du Portugal, j’ai fait beaucoup de recherche concernant la provenance des carreaux de faïence et j’ai souhaité dans les différentes thématiques abordées reproduire des scènes traditionnelles en utilisant les codes et normes de notre société actuelle."

Quels sont les thèmes récurrents dans ta création ?

"Je cherche dans mes créations à déconstruire les normes sociales, idéologiques, les normes de genre, j’aborde des sujets controversés. Mon projet doit avoir une certaine esthétique, être beau mais apporter des frissons, faire réfléchir.

Lors de l’évènement ‘Balance ton bar’ au mont des arts à Bruxelles en 2021 j’ai entendu différents discours sur les femmes se faisant droguer dans les bars, qui m’ont marqué et ont influencé mon premier projet de master à l’esa saint-luc. 'Here comes the bride' met en scène le carreau de faïence, représentatif des femmes victimes de violences domestiques. Dans mon projet, nous avons des carreaux accrochés au mur et d’autres au sol. C'était ma façon de représenter les statistiques trouvées sur le taux de violences conjugales. Les carreaux tombés sont les victimes recensées et celles qui y ont succombé. Ceux qui restent accrochés aux murs sont toutes celles qui souffrent en silence, dont on ne connaît toujours pas la situation.
Dans mon projet de fin d’étude intitulé ‘Faggot’ j’ai voulu glorifier les minorités, symboliser la société phallocentrique par une orgie d'hommes représentant des hommes puissants qui se flattent mutuellement et décident du sort des femmes et des minorités opprimées. Détacher l'œuvre du mur et la poser au sol symbolise la fragilité du concept de masculinité.

Je fais toujours beaucoup de recherches, c’est important de se documenter et discuter, je n’ai pas vécu les mêmes choses que les femmes, je ne suis ni non binaire, ni trans mais je peux apprendre et aller plus loin dans ma réflexion et de cette façon mes projets peuvent être vecteur d’éducation sur divers sujets. J’ai aussi appris sur ma communauté, parfois nous sommes enfermés dans des petites bulles et n’en sortons pas. Je suis gay et reste dans ma bulle gay et si je n’échange pas avec des femmes, des individu.es non-binaire, trans, je ne sais pas ce qu’iels vivent, quel est leur quotidien.
Quand on voit mes œuvres, je veux que l’on se pose des questions, qu’elles suscitent de la curiosité." 

 

Comment vois-tu l’avenir ?

"J’ai envie de collaborer avec différent·es artistes dans le cadre de divers projets artistiques, liés à la céramique, la photo ou autre. J’espère que le 'Graduation Prize' du MAD m’apportera des contacts et de beaux projets. J'ai récemment participé à un concours de photographie au Luxembourg intitulé 'Generation Art', qui sera diffusé à la télévision à partir du 17 septembre."

 

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