COURT-CIRCUIT

Un nouveau projet créatif, local et durable

4 novembre 2019

Silvia Silvia Martinelli Communication & Press Manager +32 496 51 88 89 silvia.martinelli@mad.brussels

© Alexandra Bertels

Atelier Peau, designer résident du MAD Lab,  Les Petits Riens et L'Ouvroir associés pour créer « Court-Circuit », un tout nouveau projet durable 100% bruxellois ! Le résultat est une collection de maroquinerie réalisée à partir de vestes en cuir upcyclées chinées par Basile Boon (Atelier Peau) chez Les Petits Riens. L’Ouvroir, une entreprise de travail adapté basée au centre de Bruxelles, a relevé le défi de la production. Nous avons rencontré les protagonistes de cette aventure pour en savoir plus sur ce « Court-Circuit ». 

Basile Boon - Fondateur d’Atelier Peau et de « Court-Circuit »

Quelle est votre vision de « Court-Circuit » ?
Ce projet parle plus de design social et d’économie circulaire que d’accessoires. Par exemple, avec Court-Circuit, des liens ont été établis entre différentes associations qui travaillent désormais ensemble. J’espère que CC sera le début d’une aventure plus large. L’idée est de donner une impulsion au projet, qui peut alors évoluer dans le futur sans ma présence ou celle de l’un des trois partenaires. Court-Circuit est une façon différente de s’insérer dans le monde économique, de créer des produits et de fournir des emplois.

Que diriez-vous de cette collaboration ?
Les débuts n’ont pas été particulièrement faciles. Le premier sac produit était loin d’être parfait, probablement parce que mon design était un peu trop compliqué pour les employés de L’Ouvroir. Cela tient à ma formation aux Arts & Métiers, où nous avons appris à concevoir des sacs de luxe avec beaucoup de détails. J’ai réussi à être plus efficace sur la production, de manière à rendre les projets plus accessibles pour les ouvriers. En mars 2019, j’ai décroché une bourse de BE PLANET, et depuis, tout est devenu beaucoup plus concret et officiel. L’objectif principal est de créer une transition économique et environnementale. Certaines personnes jugent nos accessoires onéreux. Les gens doivent comprendre que nous n’endommageons pas la planète et que nous construisons un nouveau biotope économique. Ce que j’ai vraiment aimé dans ce projet, c’est l’expérience de donner un but à mes créations. J’y ai passé un temps qui n’est certes pas rentable, mais la satisfaction est là. C’est peut-être l’un des plus beaux projets auxquels j’ai participé !

Quand avez-vous lancé « Court-Circuit » ?
Le projet a débuté il y a quelques années. J’allais souvent place du Jeu de Balles, sur l’incontournable marché aux puces de Bruxelles, où chaque jour des tonnes de marchandises sont abandonnées ou jetées. J’y trouvais notamment des vêtements et des articles de cuir qui n’étaient plus utilisables en tant que tels, mais les matériaux, les tissus, les peaux étaient encore en bon état. J’ai ensuite contacté Les Petits Riens pour demander s’ils possédaient davantage de ces matériaux et j’ai fait un stage d’une semaine à L’Ouvroir pour découvrir comment les employés pouvaient transformer ces matières premières en accessoires.

Quels sont vos projets d’avenir ?
J’aimerais trouver des contacts et d’autres associations à l’étranger, peut-être, pour poursuivre des projets similaires dans différentes villes et pays et créer des interactions entre les personnes et les ateliers. En ce qui concerne l’avenir, je n’ai pas d’objectifs spécifiques ; cela dépend des opportunités et des matériaux que je trouve sur ma route ! En ce qui concerne Atelier Peau, j’adore expérimenter avec de nouveaux matériaux. Je désire fabriquer des objets durables, des choses qui peuvent vivre pendant plus de 10 ans. Je ne veux pas contribuer à la production de déchets.J’ai d’abord étudié l’architecture, puis la maroquinerie et aujourd’hui je travaille sur différents types de matériaux, notamment la céramique. J’aime être polyvalent et essayer de nouvelles choses. Il s’agit pour moi de trouver l’équilibre entre créativité, durabilité et qualité.

Quel est l’intérêt pour Bruxelles ? 
Il est important de proposer un projet « made in Brussels » pour que les gens puissent voir qu’il s’y passe des choses positives ! Si le projet fonctionne bien, d’autres emplois seront créés à Bruxelles (et j’en serai très heureux !)

Basile Boon

Ce projet parle plus de design social et d’économie circulaire que d’accessoires

Basile Boon - Atelier Peau

Céline Robin - Chargée de communication aux Petits Riens  

Pouvez-vous nous expliquer la mission des Petits Riens ? 
Depuis 1937notre mission est d’aider les personnes en difficulté à devenir autonomes de manière durable. Sur la base d’un modèle d’économie sociale basé sur la collecte, la vente et l’occasion, l’association concentre ses activités sur l’accès au logement et la réinsertion par le travail. En tant qu’entreprise d’économie sociale, Les Petits Riens sont confrontés à un défi de taille : mettre sur pied une production de biens ou de services et assurer une mission sociale d’aide à la communauté.

Comment ce projet a-t-il débuté pour vous ?
Tout a commencé par un simple contact. Basile cherchait du cuir, il est donc venu nous rendre visite et l’idée de vendre les sacs qu’il concevait est apparue naturellement. Nous avons rapidement franchi le pas et vendu les sacs d’Atelier Peau dans 2, puis 5 boutiques. Au-delà de ce succès, nous avons décidé de produire de petits articles de cuir en circuit court.

Quel volume de dons recevez-vous en moyenne ? 
En 2018, nous avons trié près de 8 000 tonnes de dons grâce aux 150 personnes qui travaillent dans notre centre de tri. Ces dons sont répartis en deux grandes catégories : les textiles (6 341 tonnes en 2018), et les meubles et autres objets (1 286 tonnes en 2018). Des collaborations comme celle que nous avons mise sur pied avec Basile rendent possible le recyclage de ces dons ! L’impact social et environnemental positif est évident puisque nous évitons l’exportation et la production de déchets grâce à la production d’articles upcyclés de grande valeur.

Aimeriez-vous poursuivre ce type de projets à l’avenir ? 
Les Petits Riens sont généralement désireux de démarrer ce type de collaboration et de la reproduire si elle est rentable. Les initiatives sont étudiées au cas par cas.Nous nous efforçons autant que possible d’aider les artistes/designers qui font appel à nous. L’expérience enrichissante née de ces collections capsules réalisées avec Basile a renforcé notre souhait de multiplier ce genre de partenariat. Fort de cette collaboration, nous explorons également avec MAD d’autres possibilités de valorisation de nos déchets, ce qui nous permettrait de reproduire ces bonnes pratiques tout en soutenant les jeunes créateurs. Cela dit, cela se passe aussi en interne ! Nos équipes et bénévoles de l’atelier de couture de notre magasin de Stockel ont lancé le projet « Made by Les Petits Riens ». Ce label propose des créations belges 100% upcyclées à fort impact social, produites exclusivement sur la base de textile non valorisé issu de notre centre de tri.

Quelle est la valeur ajoutée d’une collaboration avec un designer bruxellois et une entreprise sociale comme L’Ouvroir ? 
Au-delà du soutien intersectoriel, nous partageons avec L’Ouvroir et Basile des valeurs communes et une vision commune de la mode et de la création. C’est un partenariat qui a du sens : il est 100% local, zéro déchet et éthique. Il favorise l’emploi de personnes exclues du marché classique du travail et la mise à contribution de designers bruxellois talentueux. Enfin, en proposant ce type de produit unique à nos clients, nous leur donnons l’opportunité de contribuer non seulement à un projet solidaire mais aussi de soutenir la production locale et l’émergence de nouveaux projets et talents.

Les Petits Riens
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels
Les Petis Riens  Alexandra Bertels

Damien Logghe - directeur de L’Ouvroir

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter, vous et L’Ouvroir ?
Je suis Damien Logghe, directeur de L’Ouvroir. L’Ouvroir est une entreprise de travail adapté dont l’objectif est d’employer des personnes handicapées. Nous leur offrons un emploi accessible et porteur d’une valeur financière. Nous aidons les personnes handicapées qui éprouvent des difficultés à trouver un emploi sur le marché ordinaire du travail.

Quelle est votre vision personnelle de L’Ouvroir et comment la communiquez-vous ?
Les entreprises sociales comme la nôtre travaillent principalement comme sous-traitants pour des entreprises industrielles. Nous effectuons des travaux d’emballage, de pliage, d’empilement, etc. Des tâches manuelles qui, effectuées par machine, ne seraient pas rentables. Ma vision est la suivante : quelle est notre place dans l’économie ?Le problème, c’est que nous ne sommes pas très visibles. Nous travaillons principalement en tant qu’entreprise de back-office. Notre priorité est de créer des opportunités d’emploi pour les personnes handicapées, pas pour l’entreprise en tant que telle. Malheureusement, nous ne pouvons pas vendre cette valeur à une entreprise ou à un entrepreneur, nous collaborons donc avec des fabricants ou avec des développeurs de produits. C’est grâce à MAD et à notre boutique en ligne que nous créons notre propre publicité.

Comment est né le projet « Court-Circuit » ? Et votre collaboration avec Basile ?
Quand Basile étudiait aux Arts & Métiers, il a réalisé un stage dans notre atelier. Durant son stage, il a pu tester et évaluer les possibilités de collaboration avec nos employés.
MAD Lab et L’Ouvroir avaient déjà des antécédents de collaboration. Comme, en plus, nous sommes géographiquement très proches, Basile pouvait facilement venir suivre le processus de production et intervenir si nécessaire. Quand Basile a eu l’idée de soumettre une demande de bourse à la Fondation Roi Baudouin (en partenariat avec Be planet), il nous a demandé si nous étions prêts à collaborer sur ce projet et nous avons répondu par l’affirmative. Lorsque le projet a finalement été sélectionné, nous avons lancé « Court-Circuit » pour mettre sur pied notre collection dans le cadre d’une identité (Collective Branding).

Selon vous, quel est l’objectif principal de ce projet ?
Il s’agit de créer un nouveau modèle d’entreprise, un modèle collaboratif, au lieu d’externaliser vers des pays à bas salaires. Nous nous efforçons de rapprocher les outils de production de Bruxelles et de réindustrialiser la ville à l’échelle humaine. L’industrialisation commence avec la collaboration de designers et de développeurs avec des ateliers de production tels que le nôtre. En ce qui nous concerne, nous devons bien sûr trouver des tâches accessibles à nos travailleurs. Nous vivons dans une économie de services où les personnes handicapées ont moins de perspectives. Avec ce projet spécifique, nous nous employons à bâtir une économie circulaire. Nous créons de nouveaux emplois et contribuons à réorienter notre économie nationale (au lieu d’externaliser).

L'Ouvroir
L'Ouvroir  Alexandra Bertels
L'Ouvroir  Alexandra Bertels
L'Ouvroir  Alexandra Bertels
L'Ouvroir  Alexandra Bertels
L'Ouvroir  Alexandra Bertels
L'Ouvroir  Alexandra Bertels

Nous nous efforçons de rapprocher les outils de production de Bruxelles et de réindustrialiser la ville à l’échelle humaine

Damien Logghe - L'Ouvroir

Aimeriez-vous lancer d’autres projets comme celui-ci à l’avenir ?
Bien sûr, notre profil est celui d’un atelier de production basé sur des éco-principes, soucieux de fonctionner avec des développeurs de produits ou des entreprises intéressées à réévaluer leurs déchets. Nous sommes un outil de production permettant de traiter les déchets pour en faire jaillir de nouveaux produits.

Quelle est la valeur ajoutée de MAD et de son MAD Lab pour L’Ouvroir ?
Nous sommes la main-d’œuvre, nous ne concevons pas de produits. Nous avons donc besoin de quelqu’un qui conçoive, mais qui possède aussi le talent d’aider nos travailleurs à s’adonner à un projet réalisable. Les designers nous conseillent sur les outils de production et les fonctions des produits. Encore une fois, il nous faut trouver des tâches accessibles à nos travailleurs. Les tâches compliquées ne sont pas faites pour eux. Avec MAD Lab, ces critères sont remplis. « Court-Circuit » concrétise une relation directe difficile à envisager dans une collaboration ordinaire.

« Court-Circuit » est un projet soutenu par Be Planet et la Fondation Roi Baudouin

Interviews : Jack Farrazijn


Vous pourrez acheter la collection "Court-Circuit" chez:
- Les Petis Riens Porte de Namur - Chaussée d'Ixelles 106
- Les Petits Riens Rétro Paradise - Rue Américaine 105
- Pendant la soirée de lancement au MAD le 14.11 >  facebook event

Joan Calvet
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Silvia Silvia Martinelli Communication & Press Manager +32 496 51 88 89 silvia.martinelli@mad.brussels