Porté par une passion pour les matériaux organiques, Cru Atelier se situe à la croisée du design écologique et de l’artisanat. Installées à Bruxelles, Sarah El Yousefy et Nina Ouchinsky explorent le potentiel de matières brutes, souvent délaissées, qu’elles transforment en objets fonctionnels et en éléments architecturaux. Leur démarche s'inscrit dans un dialogue constant entre tradition et expérimentation. Loin de la quête de perfection, elles privilégient les textures singulières et la richesse des matières naturelles, sources de résultats inattendues.
Elles ont participé au programme MAD Fly 2025, une initiative de MAD Brussels dédiée au soutien des entreprises créatives en développement. À travers un accompagnement sur mesure et des conseils stratégiques, le programme aide les studios à consolider leurs fondations entrepreneuriales et à inscrire leur croissance dans une dynamique durable.
Votre travail est fortement ancré dans les matériaux organiques et naturels. D’où vient cette fascination ?
« Nous avons toutes les deux une formation en architecture, où nous avons constaté à quel point il peut être difficile de remettre en question les méthodes de construction traditionnelles et les choix de matériaux. Trop souvent, par facilité ou par manque de sensibilisation, des matériaux très polluants et intensifs en carbone continuent de dominer les chantiers. Cette expérience nous a amenées à questionner et à repenser les standards de la construction. Nous aimons travailler avec des déchets issus de projets de construction et explorer des matériaux et des formes organiques, car ils nous poussent à élargir les limites de notre manière de construire. Nous sommes convaincues que ces matériaux représentent l’avenir, mais nous voulons les utiliser de façon innovante dans les domaines de la construction et du design. Même si de plus en plus de personnes travaillent aujourd’hui avec des matériaux naturels, nous souhaitons proposer une approche différente et la présenter à un public plus large. »
Vous êtes toutes les deux diplômées en architecture; qu’est-ce qui vous a amenées à vous orienter vers le design plutôt que vers une carrière architecturale plus traditionnelle?
« Nous avons près de dix ans d’expérience dans le secteur de l’architecture, mais nous avons récemment choisi de réorienter notre pratique vers le design d’intérieur, la scénographie et le set design. Nous éprouvions le besoin de travailler à une échelle plus intime, de revenir à un rapport plus direct à la création. Dans le monde de l’architecture, les processus sont souvent très longs, certains projets s’étendent sur cinq ans, ce qui finissait par devenir éprouvant. Aujourd’hui, nous pouvons nous mettre à fabriquer immédiatement, et parfois, le design émerge en cours de route. Nous partons des matériaux, alors qu’en architecture on commence généralement par le concept et les contraintes techniques, les matériaux n’intervenant qu’ensuite. Nous sommes heureuses d’avoir fait le choix de développer notre atelier. Nous avons toujours été créatives, et c’est précieux de pouvoir exprimer pleinement cette dimension dans notre travail aujourd’hui. »
Comment décririez-vous votre expérience au sein de MAD Fly ?
« Nous avons été très satisfaites du coaching, car il abordait différents aspects comme la finance, la comptabilité et le branding. Nous avions besoin d’évoluer dans plusieurs domaines, et c’était appréciable de trouver tout cela au sein d’un seul programme. Quand on parle de branding, il faut aussi prendre en compte l’aspect financier. Les coachs que nous avons rencontrés étaient très inspirants et nous ont beaucoup aidées. »
« Quand on lance une entreprise, on doit se poser beaucoup de questions, mais pour continuer à grandir, il faut les reconsidérer chaque année. Des questions sur l’identité, les objectifs et le public cible. Avec MAD Fly, on a l’opportunité de repenser nos réponses tout en étant accompagnées par des professionnels. L’année où nous avons participé était une année riche en projets ; il était donc essentiel d’avoir une identité et des bases solides. Nous avons appris à être plus intentionnelles au lieu d’essayer simplement tout ce qui se présente. »
Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontées en rejoignant le programme ?
« La communication et l’identité de marque étaient des points centraux pour nous. Au fond, nous savons ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons, mais cela ne se reflétait pas clairement sur notre site web et nos réseaux sociaux. Les coachs du projet MAD Fly nous ont beaucoup aidées en nous confrontant et en soulignant ce qui manquait dans notre communication. Ils nous ont fait prendre conscience de ce qui compte vraiment. Il ne s’agit pas seulement du nombre d’images partagées, mais de l’histoire que l’on veut raconter et du message que l’on souhaite transmettre. Il est facile de remettre ces choses à plus tard en se disant : “Nous le ferons plus tard ou nous engagerons quelqu’un pour cela”, mais cela n’arrive jamais vraiment. Comme nos canaux de communication sont souvent le premier point de contact avec les clients, nous avons trouvé cet accompagnement très précieux. »
« Nous avons également bénéficié d’un soutien sur le plan financier. Nous avions déjà un business plan, mais le fait qu’un expert l’examine en profondeur et nous montre comment l’utiliser comme un outil a été extrêmement précieux. Nous hésitions parfois à plonger dans nos finances parce que cela nous semblait accablant, mais la coach de MAD Fly a vraiment décomposé les choses et les a rendues plus faciles à comprendre. Elle nous a montré que cela pouvait être plus simple qu’on ne l’imaginait et à quel point un suivi rigoureux des finances est essentiel. »
En tant que designers avec une pratique fortement axée sur la recherche, comment trouvez-vous l’équilibre entre créativité et entrepreneuriat? Est-ce difficile de concilier les deux?
« Il est difficile de trouver un équilibre. Tout se joue dans la gestion du temps. Lorsque nous avons beaucoup de production, il est compliqué de se concentrer sur l’aspect entrepreneurial. En ce moment, la production est un peu plus calme, donc nous savons que nous devrions en profiter pour nous concentrer davantage sur le développement de l’entreprise. Mais en même temps, nous devons aussi consacrer du temps à la recherche de matériaux, c’est donc un équilibre constant. Les deux aspects demandent énormément de temps, qu’il s’agisse de chercher de nouveaux partenaires, de travailler sur le branding ou d’explorer de nouveaux matériaux. Il est essentiel de trouver un équilibre entre produire suffisamment et se donner l’espace nécessaire pour assurer la pérennité et la solidité de l’entreprise. »
Comment décririez-vous Cru Atelier aujourd’hui et vers quoi souhaitez-vous évoluer dans cinq ans?
« Aujourd’hui, notre atelier fonctionne comme un laboratoire de recherche sur les matériaux et le design. Nous nous concentrons sur la scénographie, le design d’intérieur, le mobilier et le set design. Nous voulons repousser les limites des matériaux dans le design et explorer les différents domaines et possibilités qu’ils offrent, en exploitant chaque matériau à son plein potentiel. À l’avenir, nous rêvons de constituer une petite équipe avec laquelle nous pourrions grandir. Actuellement, nous sommes généralement toutes les deux, mais il arrive que nous accueillions un ou deux stagiaires au studio, ce qui apporte beaucoup d’énergie et de nouveaux points de vue. Nous aimerions évoluer avec une équipe de designers et d’artisans passionnés. Nous cherchons à instaurer un équilibre sain entre le temps consacré à la recherche de matériaux et le développement continu de notre entreprise.»