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"Vous apportez quelque chose au monde que personne n’a vraiment demandé, et cela le rend vulnérable."

Interview avec Jord Lindelauf

Jord Lindelauf est un designer et architecte belge qui réinterprète les objets du quotidien à travers des créations sobres et subtiles. Son travail se caractérise par une utilisation sincère des matériaux et une esthétique discrète, conçue pour s’intégrer naturellement à son environnement plutôt que pour chercher à attirer l’attention. C’est précisément cette simplicité assumée qui caractérise son univers.

Son travail a déjà été présenté sur plusieurs plateformes internationales de design, notamment lors de Collectible Brussels et de Paris Design Week. En juin, le designer basé à Bruxelles participera à 3 Days of Design à Copenhague avec Belgium is Design. Nous avons échangé avec lui sur son parcours, ses inspirations et ses ambitions à l’international.

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Comment êtes-vous entré dans le monde du design ?

“J’ai du mal à définir précisément ce qu’est “le monde du design”. Pour moi, il s’agit surtout d’un réseau de personnes : des amis, des créateurs que je connais ou encore des designers que j’admire.

Mon parcours s’est construit assez naturellement, à travers une série de coïncidences au fil des dernières années, mais aussi grâce à une forte envie de partager mon travail. Mon intérêt pour le mobilier est apparu pendant mes études d’architecture, où j’ai appris à la fois à concevoir et à fabriquer.

En parallèle, je ressentais un besoin très fort de travailler avec mes mains et de créer à une échelle plus intime et personnelle. En architecture, on travaille souvent pour d’autres, sur des projets de grande ampleur, avec des processus longs, beaucoup de concertation, des contraintes et des budgets fixes. Dans le design de mobilier et d’objets, j’ai trouvé une forme de liberté qui m’a donné l’élan nécessaire pour me lancer.”

Comment décririez-vous votre travail ?

“Je décrirais mon travail comme simple et réduit à l’essentiel. Je cherche toujours la manière la plus honnête d’assembler les matériaux et j’accorde une attention particulière aux détails : aux jonctions, aux points de rencontre entre les éléments et à la précision de leur assemblage.”

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À quoi ressemble votre processus de conception, de l’idée au produit final?

“Tout commence par une idée et un croquis, suivis d’un prototype, souvent réalisé en carton ou à partir de matériaux de récupération. J’ai besoin d’une matière dans laquelle je peux couper, coller, dessiner, modifier et expérimenter librement.

Une fois cette première base posée, je développe le projet avec les matériaux définitifs ou ceux que j’ai sélectionnés. À ce stade, le résultat n’est pas encore totalement abouti, mais les matériaux commencent déjà à révéler leur caractère : l’acier reste de l’acier, le bois reste du bois.

Ensuite, je cherche la manière la plus efficace de réaliser le design. Si possible, je réalise certaines étapes moi-même.Sinon, je fais appel à d’autres personnes, principalement au sein de mon réseau de designers. Je compare les coûts, j’explore différentes options techniques et j’essaie toujours d’affiner le projet pour l’améliorer.

Comme mes designs sont très épurés, ils atteignent souvent assez vite une forme finale. Mais la recherche continue ensuite dans les détails : quels éléments utiliser, comment les combiner et comment les assembler. Même si certaines habitudes reviennent dans mon processus, celui-ci reste très fluide, avec ses phases d’élan et ses moments de doute.”

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D’où tirez-vous votre inspiration?

“Un peu de partout, mais surtout du quotidien. La collection 808, par exemple, s’inspire des dessins d’enfants : une chaise avec quatre pieds et une assise, une table avec quatre pieds et un plateau rond. À partir de ces formes très simples est née ensuite l’étagère, comme si ces trois objets formaient une même famille, un foyer.

Le miroir est, lui, né du tabouret, notamment à travers l’exploration du matériau. Avec l’aluminium, j’ai eu envie d’aller plus loin, d’expérimenter davantage et d’envisager, pourquoi pas, la création d’un miroir.

Une commande réalisée pour une marque de vêtements à Bruxelles a marqué un tournant important dans mon travail. Au départ, ils souhaitaient utiliser mes tabourets dans leur showroom, puis ils m’ont demandé si je créais aussi des miroirs dans le même esprit. C’est à ce moment-là que l’idée du miroir a réellement pris forme. Ils m’ont beaucoup soutenu dans le développement du projet et m’ont donné une échéance concrète. L’ouverture de leur boutique a d’ailleurs marqué la première présentation du miroir.

Mon travail s’est développé de manière très organique : un projet en amène un autre, avec l’influence d’amis designers, de commandes sur mesure ou encore de contraintes spécifiques. J’aime tester des choses, car on ne sait jamais quelles nouvelles idées peuvent en émerger. C’est aussi ce que je trouve passionnant : personne ne décide à ma place de ce que je dois créer. Cette autonomie fait toute la richesse de ma pratique !”

 

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Avez-vous un client de rêve?

“Absolument. J’aimerais un jour collaborer avec une marque plus importante autour d’un projet stimulant. J’ai déjà vécu une expérience très enrichissante avec STIJL, la boutique située rue Dansaert. Cette collaboration m’a offert une vraie visibilité, notamment grâce aux visiteurs et aux passants qui ont découvert mon travail de manière spontanée.

J’aimerais beaucoup voir mon miroir présenté chez Arte, dans leur flagship store à Bruxelles. C’est une marque belge que j’apprécie particulièrement, dont j’aime autant les produits que l’histoire. Je les avais déjà contactés il y a quelques années, à l’époque où le miroir était encore en développement. Aujourd’hui, le projet est finalisé et commercialisé, donc ce serait le bon moment pour reprendre contact.

Mais je veux aussi avancer de manière réfléchie. J’ai appris qu’en tant que designer, il faut souvent faire le premier pas soi-même : il est rare qu’une marque comme Arte vienne spontanément à vous. Le travail doit être solide, bien sûr, mais tout ce qui l’entoure doit également être professionnel. Et lorsque toutes les conditions sont réunies, alors j’ai envie de m’y investir pleinement.”

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Quelle a été votre première expérience avec des salons de design internationaux ? Quels défis avez-vous rencontrés et qu’en avez-vous retenu ?

“Ma première expérience internationale a eu lieu pendant la Milan Design Week en 2022. J’avais obtenu mon diplôme en 2021 avec mon projet de tabouret et je souhaitais le commercialiser. Via Instagram, je me suis inscrit à une exposition organisée pendant la semaine du design à Milan.

Mais une fois sur place, je me suis rendu compte que le lieu d’exposition était assez éloigné du centre-ville, avec peu de passage. Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, surtout pour une première participation.

Le projet en lui-même n’a pas été un grand succès commercial, mais humainement et professionnellement, cela a été une expérience extrêmement enrichissante. Je suis sorti de ma zone de confort, chaque jour, j’allais parler à des inconnus, engager des conversations avec des designers et des personnes que je trouvais inspirantes. Certaines rencontres sont même devenues de véritables amitiés.

D’une certaine manière, cette expérience était décevante; d’une autre, elle était incroyablement précieuse. Elle m’a surtout appris qu’il ne faut pas rester dans son coin lorsqu’on est curieux et qu’on veut évoluer. J’y ai énormément appris.”

 

 

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Quels pièces apportez-vous à Copenhague?

"Je vais présenter la collection 808 : la chaise, la table et le rack, complétés par une nouvelle pièce colorée réalisée en collaboration avec Lindert Steegen, mon cousin et partenaire de studio. Cette pièce fait dialoguer nos deux univers : ses formes colorées et mon système modulaire de la collection 808.

La toute dernière pièce de la collection 808 est une petite console, qui peut également fonctionner comme table d’appoint. Elle a été présentée pour la première fois chez Collectible. Avec les trois pièces principales, cette console incarne la dimension modulaire et ludique de la collection 808. J’ai l’impression d’avoir développé un véritable système constructif, à partir duquel une infinité de déclinaisons peut émerger."

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Qu’attendez-vous de votre participation à 3 Days of Design à Copenhague?

“J’ai beaucoup d’attentes et je suis très enthousiaste. Ce sera ma première participation à 3 Days of Design, mais tout ce que j’en vois et entends me donne déjà le sentiment que c’est un rendez-vous incontournable aujourd’hui.

Je pense aussi que les objets que je vais y présenter trouvent naturellement leur place dans cet univers. La simplicité des formes et l’honnêteté des matériaux, qui sont au cœur de mon travail, résonnent souvent avec le design scandinave.

J’espère susciter un intérêt concret de la part d’entreprises ou de marques intéressées par la collection 808. J’ai également hâte de rencontrer plus en profondeur les autres marques belges avec lesquelles nous exposons, certaines me sont déjà familières, d’autres beaucoup moins.

Le parcours préparatoire que j’ai suivi avec MAD Brussels a aussi été très enrichissant. L’accompagnement, les retours sur la scénographie ainsi que l’ensemble du processus de sélection ont constitué une véritable valeur ajoutée.

Je trouve également intéressant que MAD Brussels, Flanders District of Creativity et WBDM aient choisi cette fois-ci de se tourner vers Copenhague plutôt que Milan. Cela donne un sentiment de renouveau, et je suis heureux de participer à cette première édition.

À l’approche d’une exposition, il y a toujours une forme de tension. On devient tellement absorbé par son projet qu’on finit presque par s’y perdre. Et lorsqu’on le présente enfin au public, on espère évidemment que les gens le trouvent beau, intéressant ou touchant.  C’est un peu comme son “bébé” : on veut que tout le monde l’aime.

Mais c’est aussi ce qui rend la démarche vulnérable : au fond, on présente quelque chose que personne n’a explicitement demandé. Et il est impossible d’anticiper pleinement la manière dont cela sera reçu.”

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Quels conseils donneriez-vous aux designers émergents qui souhaitent gagner en visibilité internationale?

“Lancez-vous. Ayez confiance en votre travail et en vous-même. N’ayez pas peur de poser des questions aux personnes que vous admirez, soyez audacieux et prenez des initiatives.

Expérimentez, échangez avec des personnes qui ont suivi un parcours similaire et rappelez-vous qu’il n’y a rien de mal à demander de l’aide ou des conseils.

On peut accomplir énormément de choses derrière son ordinateur, mais pas tout. À mes yeux, construire un réseau reste essentiel : il faut parler aux gens, créer des connexions et rendre son travail visible.”